PRÉSENTATION
En quelques années à peine, les réseaux sociaux ont conquis une place
centrale dans les usages de l’internet. Le tournant est saisissant. En 2005,
aux États-Unis, parmi les dix sites à plus forte audience, on comptait encore
des services de ventes en ligne et de grands portails commerciaux comme
Ebay, Amazon, Microsoft, ou AOL. Mais en 2008, ceux-ci ont disparu du
classement des dix premiers sites, au profit de Youtube, MySpace, Facebook,
Hi5, Wikipédia et Orkut. La vogue du web 2.0, dont il serait vain de
chercher une définition rigoureuse au-delà d’un vague principe de
participation étendue des utilisateurs, colore aujourd’hui tous les discours sur
l’internet, à tel point qu’il semble presque impossible de proposer un service
sans lui accoler l’étiquette « 2.0 ». Les deux numéros que Réseaux consacre
aux réseaux sociaux de l’internet – après celui-ci, le numéro 154 à paraître
en avril proposera une série d’études de cas – ne porteront cependant ni sur
l’émergence d’une « idéologie » propre au web 2.0, ni sur les formats
d’innovation et les modèles économiques qui lui sont associés. En effet,
derrière la bulle, il y a les pratiques, massives, multiformes, inattendues qui
ravivent des formes anciennes et en dessinent de nouvelles. En deçà des
effets de mode et de l’incessante prolifération de nouveaux services,
l’émergence du web 2.0 offre un espace d’interrogation original pour les
sciences sociales, si l’on admet qu’il n’est pas nécessaire d’entériner la thèse
de la grande rupture pour apercevoir certains des traits originaux des
pratiques relationnelles qui se déploient sur ces plateformes.
D.CARDON
Français
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